Traverser les crises

Fusions mal vécues, pertes d’élèves, conflits de culture, défaillances d’une tutelle, problèmes de management, conflits de personnes, les établissements catholiques d’enseignement peuvent traverser des crises. Que celles-ci s’installent insidieusement ou qu’elles éclatent brutalement, les responsables peuvent avoir la tentation de penser que le temps va aider à les résorber. En réalité, leur développement a souvent des conséquences graves sur le bon fonctionnement de l’établissement, sur son image et son équilibre, sans compter le stress et la souffrance que les tensions entraînent.

Pourquoi faire appel à des personnes extérieures ?

Pour aider à gérer les moments difficiles, il est souvent fait appel à la tutelle, direction diocésaine ou congrégation. La sortie de crise se solutionne alors souvent par des changements d’organisation ou des prises de décisions lourdes comme des déplacements ou des licenciements. Parfois, ces solutions ne s’avèrent pas pertinentes et il est fait appel à une médiation.

La médiation est-elle une approche alternative ?

La médiation plonge au coeur même de la crise. Sa logique est simple ; elle dit aux personnes impliquées : « n’attendez pas la solution de l’extérieur ; c’est vous qui connaissez le mieux la situation et vous êtes les mieux placés pour trouver des solutions.» Comme les personnes en conflit ne communiquent plus entre elles, parfois depuis des mois, et sont dans une confrontation larvée ou permanente, elles ne peuvent pas raisonnablement s’asseoir autour d’une table et se mettre à dialoguer, il faut les y aider.

Quelles sont les étapes d’une médiation ?

La médiation n’est pas un processus lourd et sa réussite tient dans le respect de quelques étapes :
– une autorité, celle de l’êvêque, du Directeur diocésain, d’une tutelle congréganiste, du président d’Ogec, du représentant du Sgeca,
– une écoute de toutes les personnes impliquées qui donnent « autorité » aux médiateurs pour qu’ils les aident à « faire tiers » dans la sortie de crise,
– un lieu neutre, confidentiel choisi pour aider à exposer ce qui est source de tensions, de souffrances et d’incompréhensions et pour chercher des solutions entre des personnes qui souvent depuis plusieurs mois ne se sont pas parlées,
– un lien rétabli pour élaborer un accord et aboutir à la rédaction d’un protocole dans lequel on précise non seulement des propositions de principe mais des décisions concrètes dont la réalisation et l’exécution seront évaluées dans le temps,
– un accord sur ce qui est légitime de transmettre à l’extérieur. Une médiation évite souvent que soient prises des décisions lourdes et pénalisantes, comme des licenciements, mais elle ne résout pas tous les problèmes. Une sortie de crise nécessite généralement un accompagnement (changement d’organisation ou d’espace, coaching des responsables).

Yves Bourron (Article ECA paru en janvier 2009)