Réenchanter le travail collectif grâce à la médiation

Depuis 2004, une équipe de médiateurs s’est constituée avec comme objectif d’aider les acteurs de l’Enseignement catholique : équipes éducatives, communautés éducatives, équipes de direction, responsables d’Ogec «à mettre les conflits à portée de voix » et à « accompagner les changements ». Elle a été sollicitée dans une centaine de situations (conflit, crise ou projet)

Dans près de la moitié des cas, les OGEC sont impliqués directement: le président ou une partie du Conseil d’administration, également le personnel salarié OGEC, associé ou non aux enseignants.
A l’origine des conflits les médiateurs ont identifié différentes tensions tenant à la relation entre le président d’ogec et le directeur d’établissement, à la coordination entre tutelle et OGEC à propos du contrat de travail du chef d’établissement, aux questions de gouvernance , aux rôles et responsabilités de chacun, à l’articulation entre droit canon et droit du travail…

Conflits internes, savoir appréhender les signaux

Il y a des signes qui révèlent des perturbations, de la souffrance au travail, et des alertes qui mériteraient une réponse de la part des responsables : congés maladies à répétition, démissions soudaines, visites de tutelle trop espacées, mutisme prolongé de certains acteurs, absences aux réunions, portes qui claquent ou portes qui restent toujours fermées… Certains salariés disent ne pas avoir été écoutés lorsqu’ils faisaient allusion à un climat dégradé, à des tensions ou à des agressions entre enseignants, à des découragements durables…

Le conflit comme source de dialogue

Un conflit est aussi un signe de vitalité et la médiation n’a pas pour objectif de l’aplanir; il peut même devenir fructueux si les personnes expriment leurs points de vue, se font mieux comprendre et comprennent mieux les autres. Ce mouvement est d’autant plus nécessaire qu’au sein de l’Enseignement catholique les responsables se voient confier des missions très prenantes où ils s’engagent avec générosité. Ainsi s’accentuent les exigences réciproques. Il s’agit de « prendre sur soi ». Conflits et désordres iraient en effet à l’encontre d’une communication « idéale » entre des acteurs « méritants » partageant des valeurs communes. Or la médiation consiste justement à faire apparaître le plus sereinement possible les différences et les divergences, avant d’ouvrir les portes de la reconnaissance et de l’estime réciproques.

Le médiateur : une prise de recul bienveillante

Tout responsable travaille à la recherche ou au maintien d’un climat apaisé. Et il n’est pas facile, tant qu’il a encore l’espoir d’y parvenir seul, de faire appel à un tiers.

Alors qu’un tiers peut aider à réfléchir, à anticiper, voire à engager une démarche, si nécessaire.
Ainsi, le nouveau Statut de l’Enseignement catholique, publié en Juin 2013 présente la médiation comme un recours pour aider des personnes en conflit. Cette proposition sous entend qu’une médiation n’a pas vocation à prendre la place des lieux et procédures légitimes de décisions (hiérarchiques, techniques, représentatifs), que le médiateur ne se substitue à aucun acteur dans l’organisation, qu’il ne prendra pas parti pour les uns ni pour les autres et qu’il garantira la confidentialité des échanges.
En cas de malaise, chacun est resté sur ses gardes de peur d’envenimer la situation ou d’être pris à parti dans l’écheveau des malentendus et des rumeurs. Cela est si vrai que, même en temps normal, un certain mutisme semble de bon aloi pour éviter les frictions. Alors cet état de fait permet aux difficultés voire aux souffrances d’être assujetties au silence de chacun. Faut-il parler ou se taire? la parole est toujours un risque… une position de repli semble a priori plus confortable. Elle est adoptée par beaucoup et l’un des premiers constats exprimés en médiation tourne autour de cette difficulté : « on ne se parlait plus ».
Dans le document signé récemment de Pascal Balmand, on note l’importance attachée à l’écoute et à la parole « libre, authentique, respectueuse et efficiente » comme fondement d’une capacité à « Réenchanter l’école »… Il y fait référence aux moments de pause pour « ouvrir une oasis de décélération ». Comment ne pas y voir une parenté avec ce que nous cherchons à travers toute médiation : moment d’écoute, d’analyse, d’expression, de réflexion, de non jugement ?

(1) L’équipe d’une douzaine de personnes est constituée, par moitié, de médiateurs professionnels et d’anciens responsables de l’institution (Directeurs diocésains, chefs d’établissement).
(2) L’article 373 précise qu’une demande d’intervention dans un litige n’est recevable qu’après qu’ont été épuisées les voies d’une médiation processus volontaire et confidentiel, guidé par un tiers indépendant et impartial.

Monique Guyard, (paru dans l’Arc Boutant de Décembre 2015)