Quand l’institution fait place à une médiation

Une médiation est avant tout l’acceptation d’une rencontre soutenue par un désir (même ténu) des personnes de se parler. De manière générale, elle peut avoir lieu dès lors qu’une personne souhaite s’adresser à une autre qui accepte cette rencontre, voire la demande à son tour et que les conditions en sont convenues avec le médiateur. On nomme ces médiations des « médiations conventionnelles », à la demande de tout un chacun.

Cependant, un tiers ne peut intervenir dans une organisation sans l’accord d’un responsable légal. Entre une médiation accessible à tous et un contexte où des responsabilités hiérarchiques, représentatives et techniques s’exercent légitimement, comment trouver un chemin ? Pour nous orienter, nous avons posé des balises :

– une médiation n’a pas vocation à prendre la place des lieux et procédures légitimes de décision (hiérarchiques, représentatifs, techniques) dans une organisation ;
– le médiateur est au service de la médiation, c’est-à-dire du langage ; il n’est au service ni d’une partie de l’institution (management, syndicat, tel collectif) ni d’une demande de régulation. Si remise en ordre il y a, elle relève d’un ordre symbolique. Etre en médiation, faire médiation c’est tenter de faire savoir et d’entendre, c’est faire l’expérience d’un mal-entendu structurel à la langue et de nos vérités subjectives ;
• introduire une possibilité de médiation suppose de respecter la liberté qui fonde l’engagement des acteurs dans une médiation et la confidentialité des échanges, sauf à ce que les personnes en médiation décident par consensus d’en communiquer des éléments.

Parce que la médiation n’a pas vocation à prendre la place des lieux légitimes de décision (hiérarchiques, représentatifs, techniques) nous attachons beaucoup d’importance, dès le départ, à ce que la proposition de médiation soit faite aux acteurs par l’autorité qui nous mandate, et non pas les médiateurs. L’autorité envoie un courrier aux acteurs et si possible introduit l’assemblée générale où les médiateurs se présentent, et où elle dit le sens qu’elle donne à sa proposition. A charge ensuite pour les médiateurs de rencontrer les acteurs et de recevoir, ou non, de leur part le second mandat qui signifiera leur acceptation de la médiation et leur engagement dans la démarche.
Dans la pratique, il arrive que le Groupe Médiations soit sollicité en première intention par un acteur (chef d’établissement, directeur diocésain, congrégation, SGEC, enseignants) qui ne sera pas le mandant initial tel que prévu. Il ne sera pas ce mandant soit parce qu’il n’a pas la qualité requise, soit parce que, ayant la qualité requise, il est lui-même protagoniste du conflit. Pour clarifier les choses, nous appelons « saisine » le fait d’être contacté en première intention par un acteur, et il nous revient alors d’identifier avec lui l’autorité habilitée à nous donner le mandat initial d’intervention.
Par exemple, si un directeur diocésain est personnellement impliqué dans le conflit, le mandat initial sera recherché auprès de l’évêque ou du SGEC ; ou alors le mandat sera donné par deux autorités, ou par l’une en accord avec l’autre. Les mandats conjoints donnent à la proposition de médiation la consistance d’un dialogue au sommet’, d’un premier accord.

Les nouveaux statuts de l’Enseignement catholique, en introduisant en 2013 la possibilité de recourir à une médiation, ouvrent des perspectives nouvelles. Ils impliquent rigueur et clarté dans ce qui fait la spécificité des différents modes d’intervention (conciliation, arbitrage, médiation), et parfois dans le passage de l’un à l’autre.
Nous pouvons résumer quatre éléments essentiels qui demandent, dans la phase préparatoire d’une médiation, une grande vigilance de la part des médiateurs et des acteurs :

1. La nécessité de situer clairement une médiation par rapport aux lieux et procédures légitimes (hiérarchique, représentatif, technique) de décision dont elle n’a pas vocation à prendre la place.
2. Un mandat initial donné au médiateur par une autorité interne suffisamment ‘tiers’ par rapport au conflit ou au projet ; ce mandat légitime le médiateur à entrer dans l’institution et à prendre contact avec les acteurs.
3. Un second mandat donné au médiateur par les acteurs directement impliqués dans la crise ou le projet ; ce second mandat légitime le médiateur à conduire la médiation ; sans cet accord, la médiation n’aura pas lieu.
4. La constitution, par les acteurs eux-mêmes, d’un groupe d’une douzaine d’acteurs qui participeront directement à la rencontre de médiation ; ce groupe comportera les différentes sensibilités, expériences et métiers, et chacun acceptera de faire savoir ce qui lui fait difficulté, d’entendre ce qui fait difficulté aux autres, de contribuer à faire évoluer la situation.

Extraits du rapport d’activités du Groupe Médiations 2014